Trainbow Belgium réunit des collaborateurs des chemins de fer belges (SNCB, Infrabel et HR Rail) qui veulent défendre la communauté LGBTQI+ et la diversité dans les chemins de fer. L’association existe depuis plus de 5 ans et fête son anniversaire ce 25 mai.

Trainbow Belgium compte aujourd’hui une centaine de membres, dont 55% des membres viennent de la SNCB, 25% d’Infrabel et 20% de HR Rail.

 

Philippe Rosseels, Human Resources Business Partner pour les ateliers Technics de Bruxelles et vice-président de Trainbow Belgium, et Christian Smets, Expert Employer Branding à la SNCB, nous racontent l’histoire de Trainbow et de ses actions contre les discriminations.

Christian : Le lancement de Trainbow n’a pas été une simple formalité. Il y a 6 ans, on était encore dans un tout autre monde à la SNCB et nous n’avons pas toujours été bien accueillis. Dans le cadre d’une rencontre avec les responsables de la diversité, on nous disait qu’une organisation privée ne pouvait pas utiliser le matériel SNCB ni se réunir pendant les heures de service, ce genre de choses. C’était le reflet de certaines attitudes de l’époque. En 6 ans, il y a eu une énorme évolution.

Philippe : Nous trouvions important de continuer à améliorer le bien-être des personnes LGBT, de leur permettre d’être elles-mêmes sur leur lieu de travail, en dehors de tout jugement sur leur attitude ou leur apparence.

Christian : Traditionnellement, les chemins de fer sont un environnement plutôt macho et dans certains environnements plus traditionnels de l’entreprise, le processus d’ouverture peut être plus long qu’ailleurs.

Philippe : En 2013, quand j’ai eu la possibilité de postuler pour mon poste actuel dans les ateliers, je me suis posé la question de savoir comment se passerait mon intégration. Alors que chacun doit évidemment pouvoir accéder à toutes les fonctions s’il en a la capacité.

Christian : Or, Faire en sorte que chacun sente qu’il peut être lui-même, c’est important pour les gens, mais aussi pour l’entreprise. Trois-quarts des membres de la communauté LGBTQI+ acceptent plutôt un emploi sur les entreprises qui soutiennent activement l’inclusivité. Et comme ils représentent environ 7% de la population, ce n’est pas négligeable.

Des drapeaux arc-en-ciel au changement de prénom

Christian : Année après année, les mentalités ont évolué et Trainbow a enregistré des avancées. Il y a 5 ans, même hisser le drapeau arc-en-ciel dans les gares pendant la Journée contre l’homophobie et la transphobie n’allait pas de soi. Certains nous opposaient la ‘neutralité’ de la SNCB. Finalement, nous avons acheté les drapeaux nous-mêmes. Aujourd’hui, la SNCB hisse le drapeau arc-en-ciel dans 22 gares et illumine chaque année les gares de Bruxelles-Central et de Tournai.

Philippe : la première fois, en 2017, notre mail pour demander l’installation des drapeaux aux couleurs arc-en-ciel a fait le tour l’entreprise avant de recevoir une réponse – positive. L’année suivante, nous avons répété notre demande. Et depuis 2019, l’opération est planifiée chaque année nous ne devons plus poser la question.

La distribution des pin’s arc-en-ciel , dernière action de sensibilisation organisée la semaine du 17 mai a eu beaucoup de succès. Malgré tout, certains collaborateurs disent que cela les « dérange » de le porter. C’est là que nous constatons qu’il y a parfois encore du pain sur la planche dans le message sur la diversité et la perception de l’autre.

Christian : autre exemple, en 2017, nous avons reçu une demande d’une personne en transition de genre, qui avait des difficultés à faire changer son prénom sur son adresse email. Il n’y avait pas de procédure prévue et on avait répondu à la personne qu’elle devait d’abord avoir changé de prénom officiellement. Alors que ce n’est pas exact. Pour régler le cas, il a fallu l’intervention la direction des ressources humaines, qui a pris le dossier à cœur, et a demandé que l’adresse soit adaptée immédiatement.

Très prochainement, les managers et les collaborateurs de la SNCB recevront des directives claires et un manuel de conseils pour gérer et soutenir au mieux les personnes en transition et adopter les bonnes attitudes.

Philippe : parmi nos objectifs pour les années à venir, nous souhaitons notamment convaincre les francophones qui voudraient devenir membres de Trainbow, car nous avons actuellement plus de 80% de membres néerlandophones. Et d’une manière générale, nous allons poursuivre la sensibilisation et renforcer notre rôle de personnes ressources car rien n’est jamais acquis.

Christian : il y a 5 ans, je ne pense pas qu’on aurait fait une campagne Duo Ticket avec la photo d’un couple de gays, ou la « une » du magazine Pros sur la rencontre de Gert & Thomas à l’atelier de Malines. Quand on voit d’où on vient et où on est aujourd’hui, c’est gigantesque. Nous avons le soutien total du management, même s’il y a parfois encore des réticences sur le terrain. On ne peut qu’être contents de l’évolution. Chez Trainbow, nous soutenons pleinement la devise de notre CEO : « Le personnel de la SNCB doit être un miroir de la société ».

« Quand on se dévoile, c’est qu’on est en confiance »

Ellie Poncin, stagiaire au service Corporate Communication, se définit comme non-binaire et utilise les pronoms « il » ou « iel ». Comment a-t-il vécu son expérience à la SNCB ?

« Dès le premier entretien, on a évoqué la question du genre, et c’est ma maître de stage qui s’est chargée de prévenir l’équipe. Je n’ai donc pas eu besoin de me répéter à chaque fois. Je savais que je ne devais pas m’inquiéter parce que tout le monde était au courant. L’intégration s’est faite très facilement.

Quand on se dévoile, cela signifie qu’on est en confiance. J’ai tout de suite été à l’aise et j’ai eu le sentiment que je pouvais être moi-même du début à la fin. C’est important de ne pas devoir se cacher derrière une façade, de ne pas avoir peur d’être soi-même, de ne pas craindre les a priori et les préjugés.

J’ai remarqué tout de suite que l’équipe était ouverte d’esprit et inclusive. Si les gens m’ont posé des questions, ce n’était pas intrusif, c’était pour comprendre, pour pouvoir mieux communiquer avec moi. Tant que cela se fait dans le respect et la bienveillance, ça ne me dérange pas.

J’assume. Mais il y a des personnes qui ont besoin de plus de soutien que d’autres. On ne le vit pas tous de la même manière.

Mon stage était une superbe expérience qui m’a apporté beaucoup de choses positives. Seul petit bémol : quand j’ai postulé en ligne pour mon stage, sur le formulaire je n’avais le choix qu’entre ‘Madame’ et ‘Monsieur’. Si on veut inclusif, il faut l’être sur la totalité du parcours. D’autant que le formulaire en ligne, c’est la première image qu’on a de l’entreprise. »

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