« La population belge était au courant de tout. (…) Lorsqu’un train spécial du Führer ou un train transportant une personnalité de haut rang circulait, les Belges le savaient déjà la veille, et ils connaissaient aussi exactement l’ordre de passage des trains (…). »

Alfred Rautenberg (chef du service du personnel) devant la Haupt Verkehrs Direktion à Bruxelles, le 9 novembre 1953

Dès le début de la guerre, les chemins de fer sont une priorité pour la Résistance. Non seulement les renseignements sur le ravitaillement militaire allemand sont essentiels pour les Alliés, mais le réseau ferroviaire permet aussi de saboter ce ravitaillement. La résistance s’intensifie surtout après l’introduction du travail obligatoire en Allemagne en octobre 1942. Des dizaines de groupes de Résistance différents apparaissent alors au sein de la SNCB, souvent formés de membres du personnel qui connaissent bien l’entreprise.

Grâce à la transmission massive de renseignements, les Alliés sont parfaitement informés du trafic ferroviaire allemand. La direction elle-même commence également, dès 1942, à s’opposer à certains ordres allemands. À partir de ce moment, l’entreprise fournit clandestinement à la Résistance de l’argent, des renseignements et du matériel. 25 000 nouveaux ouvriers sont recrutés, souvent des gens sans diplômes ni papiers valables, ce qui leur permet d’échapper au travail forcé en Allemagne.

À partir de 1943, les services allemands commencent peu à peu à perdre le contrôle sur la SNCB. À partir de 1944, on assiste à une chute massive de la production et des services, à un absentéisme du personnel et à une fraude sur les heures de travail. 

 

 

Le train fantôme

Nous sommes quelques jours avant la libération de Bruxelles, en septembre 1944. Parti de Bruxelles-Midi le 2 septembre, un train arrivera le lendemain, mais… à deux kilomètres de son point de départ !

Réquisitionné par les Allemands, ce train doit déporter et mener vers la mort 1 500 prisonniers politiques détenus à la prison de Saint-Gilles. Il est notamment tracté par une locomotive de Type 12.

À la suite d’actes de sabotage et de multiples atermoiements qui n’ont pour autre objectif que d’empêcher le convoi d’atteindre sa destination, il est finalement renvoyé vers Bruxelles, le 3 septembre 1944. En se livrant à ces actions de retardement, des cheminots résistants empêcheront ce convoi de quitter la Belgique, sauvant ainsi la vie de ces 1 500 prisonniers qui seront alors libérés par la Croix-Rouge.

Ce train porte depuis le nom de « train fantôme ». Il est devenu le symbole de la résistance des cheminots à l’occupant. Il s’agit du dernier convoi de déportation organisé par les nazis durant l’occupation de la Belgique.

Le 20e convoi

Le 19 avril 1943, trois jeunes résistants, Youra Livschitz, Jean Franklemon et Robert Maistriau, parviennent à arrêter le 20e convoi de déportation des juifs sur le territoire de la commune de Haecht. Ce faisant, ils commettent un acte de résistance unique dans l’Europe occupée. Jamais un convoi de juifs n’avait été arrêté par la Résistance.

Les trois jeunes résistants parviennent à libérer dix-sept victimes d’un wagon de marchandises. Après un arrêt d’environ vingt minutes, le train repart. Le conducteur belge roule lentement et de nombreux résistants juifs se trouvent à bord des wagons avec des outils dissimulés. Ainsi, même après l’arrêt, cela permet encore à de nombreuses personnes de sauter du train.

Au total, 238 juifs parviendront à s’échapper de ce convoi ; 90 d’entre eux seront repris et 26 abattus par les gardes allemands à bord du train. Cet acte de résistance unique est encore dans les mémoires aujourd’hui.

Pour plus d'informations sur cette histoire: 19 avril 1943. Le Vingtième convoi

Video: Montage vidéo réalisé pour l'exposition à Train World : La SNCB occupée.
Photo 1 : Youra Livschitz (1917-1944)
Photo 2 : Jean Franklemon (1917-1977)
Photo 3 : Robert Maistriau (1921 - 2008)
En complément des images et documents de la SNCB, des photographies proviennent d’institutions publiques et de collections privées. Dans la mesure où ils ont pu être identifiés les noms et/ou dénominations des ayant droit de ces documents sont repris sous chaque visuel. Il en reste quelques-uns que la SNCB n’a pas réussi à joindre, en dépit de ses recherches et sollicitations. Qu’ils soient avertis ici qu’elle reste à leur disposition pour satisfaire, le cas échéant, à la législation sur le droit d’auteur.
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